mercredi 19 février 2014

In memoriam



Il fut un temps où nous  élevions  sur les places des monuments aux morts pour la France.
Des noms classés par ordre alphabétique parce que le grade, l’origine n’a plus d’importance et que derrière ces noms, c’est à  l’ensemble  de ceux qui sont tombés que nous rendions mémoire.
Il fut un temps où même ceux que l’on avait pu identifier  avaient droit à l’hommage de la nation.
Le fameux soldat inconnu représente bien plus maintenant que le temps qui passe a effacé les visages et que peu à peu tous les soldats sont devenus inconnus.

Jeunes de Colombes septembre 2010
Ce soldat inconnu est le soldat, tous les soldats, tous nos soldats tombés il y a cent ans, 70 ans, avant-hier ou hier.

La flamme est ranimée certains jours par les anciens des régiments africains ou annamites, d’autres jours par les anciens de la guerre d’Algérie. 

Tous ont droit à notre souvenir. 
Et quand telle association ravive la flamme, elle le fait pour tous.

Mardi, François Hollande a inauguré à la grande mosquée de Paris le mémorial des soldats musulmans morts pendant les deux guerres mondiales. Ce mémorial avait déjà été  pré-inauguré en  par Nicolas Sarkozy en mars 2012 …
Nos présidents prennent ils les musulmans pour des idiots ? Une gerbe avant les élections pour faire oublier les casseroles ?
Qu'un tel mémorial soit installé à la mosquée de Paris je suis ni pour ni contre bien au contraire mais je repense à la cérémonie du 11 novembre dans ma ville. 
Tous les ans une classe de primaire y participe. Nos enfants quelques soient leurs origines se souviennent, certains prient en silence qui Allah, qui Dieu, d’autres ne prient pas. Mais tous ensembles au-delà de leurs origines et religions ils honorent nos soldats, tous nos soldats quelque soit leur origine.
Ils honorent aussi la paix et c’est bien.

mercredi 12 février 2014

Parfaits s’abstenir



"Si quelqu'un ne se sent pas pécheur, il ferait mieux de ne pas aller à la messe… » Pape  François

Ça c’est dit.

Mais au-delà de la phrase choc, il y a un réel axe de conversion.
Bien souvent, j’arrive à l’église gonflée d’orgueil en regardant ma famille qui m’accompagne. 
Bien campée dans ma conviction que je fais mieux que les autres et plus contente que si je détenais un morceau de la vraie croix.
Bien souvent en arrivant à la messe, j’ai oublié que je suis pécheresse et que la raison de ma venue c’est le Christ qui nous sauve, qui me sauve.

C’est lui qui m’accueille à la porte avec mes lourds sacs d’orgueil, de jugement de l’autre, de manque de charité …

« La grâce de Jésus, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous » Des bras ouverts a priori, avant quoique ce soit, comme ceux du père du fils prodigue.
Et juste après je reconnais avec mes frères qui je suis pécheresse et demande la miséricorde.

Cet accueil au début de la messe, c’est souvent un moment ou je ne suis pas encore très concentrée et la récitation machinale du confiteor est de mise.
Seigneur prends pitié, Christ prends pitié, Seigneur prends pitié  et hop Gloire à Dieu.

Mais pourquoi glorifier Dieu si ce n’est parce qu’il nous offre sa miséricorde.
Si je ne me sens pas pécheur, qu’ai-je à faire de la suite, du pardon et du chemin vers la vie éternelle.
Alors cette citation du pape, je la prends pour moi.

Bien sûr je ne vais pas arrêter d’aller la messe pour autant mais je vais faire en sorte vivre vraiment ce premier temps de la messe, me sachant pécheresse accueillie a priori et sauvée parce que pécheresse.


mercredi 5 février 2014

Touche moi



Si vous avez raté l’émission infrarouge « Français d’originecontrôlée » vous avez raté des témoignages très intéressants de français ayant eu 18 ans dans les années 80, comme moi.
Leur parcours du « Je t’aime France, aime moi » au « Je serai toujours un bougnoule pour vous » me peine d’autant plus que j’ai vécu la même vie qu’eux, à côté d’eux sans sentir à quel point c’était dur. 
Au collège, à Trappes, dans ma classe la majorité des élèves étaient originaires de Bretagne ou du Portugal, les autres étaient originaires d’Afrique du nord et tout le monde participait au bal breton annuel. Personne n’aurait eu l’idée de faire un bal portugais ou kabyle. Avec le recul, je le regrette car chacun a droit d’être fier de ses origines.

Plus tard, à l’université, nous avons été trois à choisir le droit. Magid, Jocelyne et moi. Nous nous retrouvions dans les transports en commun pour aller à Assas ensemble. De temps en temps, Magid, très pudiquement nous faisait part de ses difficultés « intégration » mais je ne voyais pas le problème n’ayant pas ce problème et surtout ne comprenant pas qu’il y avait un problème.
Les ratonnades faites par certains "étudiants" m'ont remis les pendules à l'heure et j'ai arboré la petite main jaune sans voir que je me donnais bonne conscience facilement.
Vous avez vu, moi je défends les victimes du racisme hein?

Quand j’ai entendu les témoignages durant cette émission, je me suis dit-il manque quelque chose. 
Cela ne peut pas finir sur une telle désespérance.
La république a raté une occasion de réussir l’intégration mais est-ce irrémédiable ?
Je veux croire que non.
Encore faudrait-il tous regarder l’autre non pas comme une menace mais comme un frère. Encore faudrait-il regarder l’autre en fait et se laisser toucher.

Touche moi.

lundi 3 février 2014

Soins ambulatoires sans consentement



Je me lance sur un sujet bien compliqué et je vais sans doute poser plus de questions qu’apporter de réponses d’autant que je n’y connais rien. Mon intérêt pour le sujet est lié à deux amis qui souffrent de schizophrénie.

Je vous pose le tableau :
Il est possible depuis quelques années qu’une personne en soins sans consentement puisse  être prise en charge en dehors de l’hôpital.

Dans le cas d’un ami, il doit venir deux fois par mois pour se faire administrer son traitement  par piqûre et il a un entretien par mois avec le psychiatre de la structure.
Ce ne sont pas des soins sous contrainte dit-on puisqu’ on ne peut en aucun cas le forcer à venir à ses rendez-vous. 
Toutefois je trouve que la menace d’une hospitalisation à plein temps s’il ne suit pas le programme de soins est bel et bien une contrainte. Quelle alliance thérapeutique peut-il y avoir avec cette épée de Damoclès.
D’autre part seul le programme de soins (medoc-psy) est obligatoire. 

Les autres propositions (ergothérapie, groupes de paroles etc) ne le sont pas. Le patient en ambulatoire peut se retrouver ainsi bien plus désocialisé que lors d’une prise en charge à l’hôpital à temps complet s’il ne trouve pas la motivation nécessaire pour sortir de chez lui en dehors des obligations.
J’ai cherché un point positif pour le patient en ambulatoire et j’ai lu que le fait de rester à son domicile permet de garder les liens affectifs et familiaux…
De quels liens parle-t-on ?
Mon ami souffre de schizophrénie depuis 10 ans. Il a déjà fait plusieurs passages en hôpital sous contrainte suite à des épisodes de crise. Suite à un nouvel épisode, il a été « orienté » vers les soins ambulatoires sous contrainte. Il passe ses journées seul car son épouse travaille, il ne sort quasiment pas car son traitement le fatigue ou l'abrutit et sa maladie l’amène à un repli sur lui-même. Restent les quelques interactions orales qu’ils partagent le soir (le matin il dort). Visiblement, ces soins ne lui permettre pas le confort de vie qu’il devrait avoir et je ne sais pas si ces entretiens mensuels avec le psy permettent à celui-ci de bien appréhender la situation.

En étant peut-être un peu outrancière je pense que cette nouvelle mesure permet non pas de traiter dignement les patients mais d’éviter les crises qui les amèneraient à l’HP. 
Une bonne camisole chimique pour limiter les frais et en aucun cas un traitement pour leur bien-être.
N’y a-t ‘il aucun accompagnement pour lui permettre le bien être dont il a tant besoin? Des intervenants à domicile par exemple pour évaluer in situ les conséquences du traitement, en informer le psy et pour nouer des rapports de confiance qui permettraient de l’amener peu à peu vers plus d’activité, de confort mental et qui sait une vraie adhésion thérapeutique ?
N’y a-t ‘il pas un vrai enjeu de dignité dans la façon dont nous accompagnons nos malades psychiques ?

J’en viens à mon deuxième ami.
Je l’ai connu il y a quinze ans. Il vivait reclus dans son logement après avoir perdu travail et famille. Il n’avait demandé d’aide à personne, ne sortant que la nuit et bien évidement il ne payait plus ses factures depuis longtemps.
Avec une autre amie, nous nous sommes relayées pour aller tous les matins le voir et nous assurer ainsi qu’il se levait ; Peu à peu, il a recalé ses horaires puis il a accepté de couper ses cheveux et sa barbe. Un peu plus tard, d’aller voir l’assistante sociale et enfin un psy. Ce cheminement dans la confiance établie lui a permis d’accepter sa maladie et de se soigner. Aujourd’hui, il réside dans un lieu de vie où il est bien. Il voit ses enfants régulièrement et participe à la vie de sa petite communauté.
Comme quoi c’est possible s’il y a un accompagnement. Certes le nôtre était bénévole donc gratuit et sans doute aussi pas très professionnel. Mais si des professionnels s’y mettaient, cela ne changerait-il pas beaucoup la vie de nos malades ?

Je ne pense pas détenir la vérité sur ce sujet (pas plus que sur d’autres d’ailleurs) mais j’ai voulu partager avec vous mes réflexions et mettre modestement en lumière sur mon petit blog la situation bien difficile de nos malades et leurs familles.