jeudi 2 janvier 2014

Le Christ juif



Je viens de finir la lecture de ce livre de Daniel Boyarin et je pense qu’il me faudra du temps pour le digérer.
Je pensais en faire une fiche de lecture mais je l’ai trouvée ici http://www.paroisseschanovey.com/medias/files/2013-05-a-propos-de-boyarin-par-soeur-cecile.pdf
Je vais donc juste pointer trois thèmes qui m’ont personnellement bien secoué.
Le fils de l’homme
Ce titre que se donne Jésus à plusieurs reprises m’a toujours posé problème car je n’en comprenais pas la signification ou plutôt les explications que l’on me donnait me paraissaient partielles sans que j’arrive à voir en quoi.
Fils de l’homme : celui qui est pleinement homme et en même temps pleinement Dieu. Ok mais vous avez trouvé cela où ?
Boyarin propose une hypothèse percutante. 
Au tout début, durant la période cananéenne les premiers croyants n’étaient pas monothéistes au sens où on l’entend maintenant (Un seul Dieu) mais il y avait plutôt un "binome"  El / YHWH ou El / Ba’al . Peu à peu, El et YHWH ont fusionnés mais il en reste des traces comme dans Daniel avecle vieillard et le « comme un fils d’homme ».
Le fils de l’homme n’est donc pas un titre que Jésus se donne pour nous dire son humanité, son incarnation mais au contraire pour dire qu’il est Dieu.
Du coup je comprends mieux la colère du grand prêtre lorsque Jésus lui répond « Je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. » Marc 14,62
Jésus dans la même phrase se dit messie (oint), roi terrestre, mais surtout il se dit Dieu.
Les contemporains de Jésus comprenaient tout de suite la portée de ce titre contrairement à moi parce la notion de d’homme divin était répandue.
« La seule grande innovation des évangiles : déclarer que le fils de l’homme est déjà là, qu’il marche parmi nous… Toutes les idées sur le Christ sont anciennes : La nouveauté c’est Jésus. Il n’y a rien de nouveau dans la doctrine du Christ, excepté l’affirmation que cet homme- est le Fil de L’homme. » D.Boyarin
 Une affirmation énorme !

Jésus  ni révolutionnaire ni marginal
A lecture de Boyarin qui décode l’évangile de Marc, on comprend que  Jésus se savait Dieu et que l’accomplissement  qu’il dit être venu faire est en fait un élargissement qu’il est en droit de faire en tant que Dieu. Il n’abolit pas, il accomplit en élargissant.  
Il n’est pas un juif révolutionnaire ou marginal mais un juif profondément attaché à la loi qu’il défend contre les interprétations des pharisiens qui sont illégitimes selon lui car elles changent la loi.
On pourrait dire, même si c’est un anachronisme, qu’il est un juif orthodoxe. 

Les canons qui séparent.
L’autre point qui m’a particulièrement intéressé d’autant que je potasse en ce moment les débuts de la chrétienté à Rome est sa thèse sur la séparation tardive entre juifs et chrétiens. Pas avant le concile de Nicée en 308. Habituellement, on situe plutôt cette séparation au 1 er siècle.
D’un côté comme de l’autre, on a cherché alors à définir, à caractériser, a être différent partant du principe que l’on ne peut pas être juif et chrétien en même temps, qu’il fallait choisir son camp. Jusqu’à cette date, il y avait des personnes en nombre non négligeable qui fréquentaient la synagogue et croyaient à Jésus fils du Père. Cela explique sans doute en grande partie l’absence de trace d’édifices cultuels chrétiens avant 300 à part Douras Europa http://fr.wikipedia.org/wiki/Domus_ecclesiae_de_Doura_Europos et le manque de sources sur ces premiers chrétiens qui étaient … des juifs.

Je retiens finalement de ce livre qu’il est bon d’écouter ce que les juifs ont à nous dire sur l’ancien testament mais aussi sur les évangiles qui sont imprégnés de la tradition juive que nous ne maîtrisons pas aussi bien qu’eux.

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