vendredi 18 octobre 2013

Comment élever son enfant.




Genèse 22 , je l’ai lu bien souvent ce texte et chaque fois j'ai été choquée. 
Comment Dieu peut-il demander à Abraham de sacrifier son fils ?
Je le relis encore depuis quelques jours mais aujourd’hui cette lecture m’apaise au lieu de me révolter ?

Il m’aura fallu du temps, des enfants grands, pour saisir la beauté de cette épreuve.
Il m’aura fallu du temps comme il en a fallu à Abraham, 3 jours de marche vers un lieu indistinct. Il m’aura fallu lire et relire pour comprendre cette épreuve demandée, pour comprendre que c’est l’épreuve de tout parent.

Nous recevons nos enfants. Jour après jour nous les aimons au point parfois de les croire nôtres, ne faisant qu’un avec nous, n’étant pas de sujets autonomes. C’est la situation d’Abraham au début de ce texte (1).
C’est dans cet état d’esprit qu’il part, sans trop comprendre ce que Dieu lui demande mais il lui fait confiance.
Son fils est dans cette même confiance. Son père obéit à Dieu et il fait de même. Il consent.
Abraham en arrive peu à peu à croire que l’épreuve qu’il doit subir est de tuer son fils mais plusieurs indices nous montrent qu’il ne peut y croire (2), qu’il continue à remâcher la parole de Dieu pour atteindre son sens.

L’épreuve, la vraie, il la découvre finalement. Non, Dieu ne lui demande pas de tuer son fils mais de l’élever vers Dieu. Il arrête son bras et l’appelle par deux fois comme pour le réveiller, pour qu’il remâche encore une fois la parole pour en saisir le sens.  Alors Abraham lève les yeux, il découvre un bélier. Pas un agneau mais le père de l’agneau et il le sacrifie à la place de son fils.


Abraham comprend peut être à ce moment-là, qu’il doit tuer le père ou dans un langage moins psy, il doit ne plus faire un avec son fils et le laisser grandir seul avec Dieu.  Que lui, vieux bélier doit laisser sa place à l’agneau.
D’ailleurs à la fin de l’histoire Abraham redescend non pas avec son fils comme il l’avait dit aux jeunes gens mais seul. C’est parce qu’il a laissé son fils être un devant Dieu que Dieu renouvelle sa promesse.
Il m’aura fallu du temps à moi aussi, bien plus que trois jours de marche pour comprendre que la confiance en Dieu c’est aussi lui faire confiance pour nos enfants. 
Ils ont leur propre chemin à faire dans la vie et avec Lui. Nous pouvons les laisser se séparer de nous, ils ne seront pas seuls  et pourront à leur tour, seuls et autonomes, écouter sa parole.

Il y a bien sur d’autres lectures possibles à ce texte notamment le parallèle fait par Paul entre Isaac et Jésus, une annonce du Christ. 

Mais aujourd’hui, il me parle ainsi et c’est bien. 

(1) Dans le texte hébraïque  au verset 3, il est dit: "ils partirent tout les deux, ensemble " deux ne faisant qu'un. Plus loin au verset 8 "tous les deux continuèrent à aller ensemble" cet aspect fusionnel de leur relation est à nouveau précisée.
(2) Il dit aux jeunes qu'ils reviendront tout les deux, il dit que Dieu saura voir l'agneau...

Vous voulez creuser cette interprétation et les autres ? 
http://www.ndarche.org/Abraham9.pdf
http://www.akadem.org/sommaire/cours/les-points-durs-de-la-tora/la-ligature-d-isaac-04-09-2007-7031_4246.php
et Michel Remaud - Telle est la circoncision du Christ in Cahiers Ratisbonne, n°8, p. 65-83, 2000

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