mardi 23 juillet 2013

A froid


Revenons à froid sur les nuits de Trappes
Pas question pour moi de déterminer qui fut le premier, l’œuf ou la poule et de tomber dans la caricature « ce n’est pas moi qui ai commencé » et « hé ! J’ai rien fait »
Ces jeunes s’en sont pris au commissariat ce qui n’est pas admissible mais j’ai fait un effort de mémoire et ...
Le rond-point à côté de chez moi (frontière entre Trappes et ma ville) est bien souvent le siège de contrôles de police.
En 38 ans, je n’ai jamais été contrôlée… par contre il y a systématiquement des voitures arrêtées et j’avoue être assez mal à l’aise en passant à coté et en remarquant « le tri » effectué.
D’un autre côté, ma fille a été « embêtée » dans le bus sur ce même rond-point  Les suspects éventuels visionnés au commissariat  étaient quasiment exclusivement de jeunes hommes de type méditerranéen.
J’en déduis donc que les policiers trient  parce qu’ils pensent avoir plus de chance de tomber sur une infraction, compte tenu de leur expérience.
Dois-je conclure et les policiers doivent ils conclurent que tous les gars du nord de la méditerranée sont des voyous ? Doivent ils dès les premiers regards et mots adopter un ton et une attitude correspondants à cette conclusion?
Ils s’en sont pris au commissariat parce qu’ils en ont assez d’être stigmatisés. C’est mal mais jetez un œil sur ce lien https://copwatchnord-idf.info/ et reconnaissez que la rencontre entre ces policiers et des jeunes de banlieue ne peut qu’être violente. Et là je ne généralise pas. Tous les policiers ne sont pas comme ça évidemment.
Alors, je m’imagine habiter de l’autre côté du rond-point  être un jeune homme et avoir l’air un peu plus du sud et n’avoir rien d’autre à me reprocher. J’aurai sans doute l’impression désagréable que  ma résidence et le fait d’être moi avec mon histoire et ma religion  c’est déjà avoir quelque chose à se reprocher.
Bien souvent, je croise des jeunes qui traversent le rond point, le regard méfiant ou provocateur,  je leur sourie et reçois en échange des ‘Bonjour Madame’ joyeux. Aurais-je cette même réponse si mon regard les fuyait ou les jugeait à priori ?
Une famille marocaine a traversé le rond-point (damned!) pour s’installer dans ma rue. Qui les a accueillis à part ma famille et qui a crevé leurs pneus? Qui est allé les féliciter pour le mariage de leur fille un an après et qui a regardé cela de loin avec un regard désapprobateur parce que bon, ils sont bruyants et la mariée est ridicule sous son kaftan blanc et les youyous, on est pas au bled!
Il se trouve que je vais souvent à Londres et que je vis là aussi « on the frontier » ( entre la City huppée et le quartier paki de White Chapel). D’un côté comme de l’autre, même atmosphère d’ouverture, pas de regard en chien de faïence d’une part de la population vers l’autre et vice et versa.
On leur reproche d’être musulman (si si), on se moque de leurs rites (si,si) et on s’étonne qu’ils se radicalisent ?
Je vais me lancer dans une comparaison hasardeuse mais tant pis, je me lance.
En tant que Kto pratiquante, il m’arrive parfois de me sentir sinon stigmatisée tout au moins  dans un monde qui rejette mes valeurs et je ne pas dire que j’apprécie beaucoup. Je connais même des amis qui ont tendance à se radicaliser face à cette réalité.
Vous me direz que ce n’est pas pareil parce que « nous », nous ne nous en prenons pas aux forces de l’ordre. Hum ! Je me souviens des queues de LMPT où de jeunes hommes pourtant pas nés à Trappes jetaient des projectiles aux CRS.
Je pense que le « nous » est l’un des nœuds du problème.
Il faut apprendre à regarder les gens un par un et non en groupe et à réagir sainement sans un esprit de corps imbécile et frileux. Nous face aux autres pff…
Mais pour cela, il faut de la bienveillance, le gout de l’autre et la confiance à priori.
Voilà l’enjeu de demain : rétablir la confiance et la bienveillance.
Alors on peut attendre que l’autre commence ou se lancer. J’ai fait mon choix.

Ps: pas de photo pour illustrer ce post et le précédent parce que les images sont dans les mots.

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