mardi 15 janvier 2013

S'il vous plait



Dimanche, comme d’autres, je suis montée à la capitale pour marcher dans la rue.
Dans les fais, ce fut plus un stand up  qu’une marche digestive car j’ai mis 5 heures pour rallier le Champ de Mars comme un escargot tout froid. Quoiqu’il en soit, ce fut bon pour le moral de voir que nombreux sont ceux qui partagent une même vision de la société.
J’ai poireauté un bon moment à coté de deux jeunes hommes visiblement très proches et d’un jeune d’origine arabe.  L’occasion de discuter ensemble des raisons de notre participation à ce « mouvement ». Pour résumer, nous avions tous le même refus d’un soit disant progrès social qui dépasse largement le simple mariage de personnes homosexuelles.  Nous avions tous une vision commune de notre société fondée sur des valeurs  que l’on nomme conservatrices avec parfois une tonalité dédaigneuse.


Quelles sont ces valeurs ?
La conviction que la façon la plus simple d’élever des enfants c’est dans un couple hétérosexué stable.  Certains pensent que c’est dépassé parce qu’il y a de nombreuses familles monoparentales, des familles recomposées mais aussi des couples de personnes homosexuelles qui élèvent des enfants. Oui, il y a de plus en plus de situations diverses qui ne répondent pas à ma vision de la famille. Je ne les juge pas.  Je remarque simplement, que cela ne simplifie pas la tâche de parent et la vie des enfants.
J’ai l’occasion de rencontrer beaucoup d’enfants. Je soutiens  des mères qui se battent pour élever seules leurs enfants au quotidien, des enfants ballotés entre la famille recomposée de leur père et celle de leur mère, des papa aussi qui souhaitent continuer à être père alors qu’ils ne voient pas leurs enfants de la semaine.
Je ne vois pas dans ces situations un progrès et je ne vois pas non plus dans la situation de ces femmes une émancipation quand on sait que les familles monoparentales sont les premières touchées par la pauvreté.
Ces situations existent, il faut les accompagner de notre mieux  non pas pour les justifier, en faire une nouvelle norme mais pour les enfants qui n’ont rien demandé, n’ont pas choisi.

Revenons au sujet du non débat actuel, le mariage et l’adoption par des couples homosexuels.
Il est posé en ces termes : Est-il normal de discriminer légalement des couples ?  Je pense que le sujet n’est pas là et qu’une fois de plus, les éternels absents de nos débats sociaux sont les enfants.
Que deux personnes du même sexe se marient civilement, franchement je ne me bats pas contre ça. 
Ce sont les suites de cette avancée sociale qui me posent problème.
Qui dit mariage, dit adoption dans le projet actuel et là, je tousse d’autant plus, que ce n’est qu’une étape dans un grand projet progressiste.
On nous dit que cela va permettre au co-éducateur de trouver sa place. 
Légalement en France actuellement cela touche quatre cas et cela nous est présenté non comme une avancée pour les couples homosexuels mais pour un progrès  universel pour tous les éducateurs qu’ils soient parents biologiques ou pas.

Premier cas, celui de la compagne ou du compagnon d’une personne qui a adopté seul un enfant. Soyons clair, après cette loi, les adoptions internationales seront encore plus difficiles que maintenant  y compris pour les couples hétéro. Le résultat sera donc, aucun enfant pour personne. Est-ce l’intérêt des enfants en attente d’adoption ?

Deuxième cas, celui de la compagne d’une personne qui  a  bénéficié (illégal en France) d’une PMA à l’étranger.  Elle pourra adopter cet enfant et devenir ainsi sa deuxième mère.  Pour éviter de faire une loi uniquement pour ces cas, la loi sur la famille qui va être proposé dans la foulée permettra donc de légaliser la PMA  pour tous et non plus dans les cas médicaux de stérilité. Demain, toutes les femmes hétéros et homo pourront faire des bébés  rien que pour elles. Chouette plus besoin d’hommes. Vive les amazones. A  moins que dans le même temps, le don de sperme ne soit plus anonyme et que le donneur puisse un jour se retrouver devant les tribunaux pour une reconnaissance de paternité. Cela risque de réduire nettement le nombre de donneurs. Et je n’oublie pas non plus que la multiplication des PMA  multiplie le risque déjà existant de frères et sœurs qui demain seront peut-être des parents consanguins. Est-ce l’intérêt de l’enfant ?

Troisième cas, celui des compagnes et compagnons de deux personnes qui sont les parents biologiques d’un enfant  et qui souhaitent partager à 4 la parentalité. Comment va-t-on gérer cette demande ?  Va t’on pouvoir demain être 4 parents  dans ces groupes ou dans les familles recomposées ?   Est-ce l’intérêt de l’enfant  de multiplier ses responsables légaux. Déjà à deux ce n’est pas simple alors à 4  ou plus …

Quatrième cas, celui de deux hommes  et pourquoi pas deux femmes  ou un homme et une femme après tout, qui auront recours à une mère porteuse, triée sur le volet, et rémunérée pour faire un enfant parfait. Et comme pour cela comme pour le reste, moins c’est cher mieux c’est, on ira sur internet commander des bébés dans des pays à bas coût. Penser comme Najat Belcacem que c'est organisable sous le mode du don est une utopie compte tenue de l'offre à l'étranger.

Ces avancées  passeront sans doute rapidement pour certaines et feront partie  des rares engagements de Hollande qui seront tenues. D’autres comme la gestation pour autrui passeront un peu plus tard parce que le chemin sera tracé et que malgré les promesses de Najat, ils sont pour  et ne s’arrêteront pas en si bon chemin sauf à perdre le pouvoir.

Pourtant,  à l’heure où les pédopsychiatres sont partagés sur le sujet et où les études sont divergentes, le simple principe de précaution qu’on applique à bien d’autres sujets  voudrait que l’on prenne le temps de réfléchir à la société que nous voulons demain pour nos enfants que l’on soit de droite, de gauche, mariés ou pas, en famille monoparentale ou pas, en couple hétéro ou pas.

L’intérêt de l’enfant passe dans ma famille avant tout autre considération. Il  est au cœur de toutes nos décisions. Cela nous amène parfois à des sacrifices et  des compromis. J’aimerai que notre majorité actuelle raisonne ainsi mais j’en doute.

Et pour finir, j’ai tardé à parler de ce sujet dans ce blog parce que je pensais que d’autres le faisaient déjà très bien et parce que je refusais de me focaliser sur ce sujet alors que tant d’autres méritent notre attention et notre énergie.

Pourquoi alors ce billet aujourd’hui ? 

On respecte ma liberté d’expression et de manifestation mais on n’en tient pas compte  et  minore même ma mobilisation parce que l’on a la majorité et que l’ on est déterminé à faire passer ce projet même si une majorité de français est contre l’adoption.

On me dit qu’il y aura débat à l’assemblée mais y a-t-il débat lorsqu’une décision est déjà tranchée, que les députés socialistes n’ont pas la liberté de vote et à peine d’expression sur ce sujet ?  
Le peuple a parlé en mai, qu’il se taise maintenant. Il a souhaité virer Sarkozy, au passage, il a signé un blanc-seing sur les propositions de Hollande.  Ceux qui pensaient en votant pour lui qu’il serait possible d’en discuter après l’élection  sont bien marris. On en viendrait presque à regretter Mitterrand.

Pourquoi ce billet donc ?

Parce que  la tournure des discussions de ces derniers mois a fait beaucoup de dégâts chez les personnes homosexuelles qui se sentent attaquées  et que demain, cette loi risque non pas de les protéger mieux  mais de renforcer lespréventions à leur égard. 
Parce que demain ces deux voisins qui illustrent mon billet doivent sortir de cette situation par le haut ou ils se fermeront leurs portes.

Parce que c’est  le seul moyen que j’ai de tenter encore d’appeler au débat.

Des états généraux doivent avoir lieu pour nos enfants et pour notre cohésion sociale.

S’il vous plait.

2 commentaires:

  1. Comment faites-vous pour écrire de si beaux textes, en posant les vraies bonnes questions; aussi sans qu'on ressente de systématisation politique....?

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  2. Merci pour ce texte, qui remet un peu d'ordre dans mes pensées. Merci de réécrire simplement les choses.
    Votre demande me fait penser à une situation semblable d'il y a tout juste 1 an : Nous, français, nous nous sommes permis de faire la morale à M Abdoulaye Wade (ancien président du Sénégal) pour qu'il respecte la constitution de son pays. A l'époque la seule arme qu'il restait au peuple était de demander "s'il vous plait, M le président, partez avec les honneurs, plutôt que de rester dans la honte". Au Sénégal, le peuple entier a eu la chance de pouvoir voter et ainsi M Wade a eu le droit de partir avec les honneurs.
    Aujourd'hui en France, je réitère votre demande : s'il vous plait M le président, gardez la tête haute et laissez le peuple français s'exprimer.

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