mercredi 29 février 2012

40 jours de désert et une petite prière en dessert



Pour carême cette année, j’ai des envies de désert. 
Oh, pas 40 jours, mais quelques heures par jour.
Trouver un lieu calme, paisible, pour me ressourcer, pour ouvrir mon cœur sans être polluée par mes sens. 
Pas de bruit, rien pour attirer mon regard.
Bref, le désert.






Un lieu comme celui là,













Ou encore celui là,












Finalement, je pense avoir trouvé mon désert de cette année.
Il est moins grandiose et moins immense. Moins majestueux aussi.








Je ne vais pas m’y rendre vraiment. 
Je vais juste me souvenir d’y avoir été et d’avoir comme tant d’autres profité de ce lieu pour écouter Dieu. 



Un vieil ermitage désaffecté, ou rien n'attire le regard si ce n'est ce rayon de lumière qui descend du ciel par un trou dans la muraille. 


Je vous y invite si vous ne faites pas de bruit.






En en dessert :

Les yeux fixés sur cette lumière qui descend du ciel dans le silence, je sais que tu me parles.
Tu sais trouver la brèche par laquelle tu peut atteindre mon coeur plein de poussière et de gravats.
Regarde, je suis là, je suis prête à t’écouter.

Viens dépoussiérer mon cœur et retirer ces cailloux qui l'alourdissent.

dimanche 26 février 2012

Dominique, la Vérité en paroles et en actes

J'ai passé, une journée à Bologne. Je ne connaissais pas cette ville, et j'ai arpenté ses rues, ses places et ses églises avec plaisir. Loin de la foule des touristes, de Rome et de Florence, cette ville fort belle est vivante, jeune et attachante.
Au détour  d'une ruelle, je suis tombé sur une petite perle, la basilique Saint Dominique. Etudiante en théologie auprès des Dominicains, j'étais toute contente de trouver là un couvent de l'ordre. Et là stupeur, j'ai appris que cet édifice contenait le tombeau du Saint Prêcheur. Un signe ?

Ce sarcophage, réalisé par plusieurs sculpteurs illustres dont Michel-Ange entre 1267et 1532 est une oeuvre magnifique qui retrace les épisodes les plus marquants de la vie du Saint.

Sur la façade, d'un coté, le Saint par ses prières rend la vie à un jeune suite à un accident de cheval, de l'autre, il mène la dispute de Fanjeaux contre les cathares.





Pendant une dizaine d'années, Dominique  assurera seul la prédication contre les hérésies avec une fermeté surprenante puis obtiendra du Pape Honorius III la création de l'ordre des Frères Prêcheurs, les dominicains.

La formation théologique et l'exemplarité des frères sont depuis au service de la prédication de la Vérité.
Ils prêchent par les paroles et les actes et font de l’Évangile pour les hommes de notre temps ce qu'il a été pour ceux qui ont rencontré Jésus, une parole de libération et de joie.

Merci à Saint Dominique et aux frères prêcheurs qui continuent cette noble mission et qui sont un exemple pour moi.


N’hésitez pas à suivre leur "retraite dans la ville" pendant ce temps de carême.


samedi 25 février 2012

Code de conduite à l'italienne

Je rentre de quelques jours en Italie et je vous propose quelques photos prises au cours de mes promenades.

En France, les space invaders ont fleuri.
















En Italie, ce sont les panneaux de circulation qui sont détournés.

En avant pour quelques rudiments de circulation à l'italienne.







Interdiction de gesticuler pour rien














Un seul chemin vers la sainteté

















 Porter sa croix

















 Et sortir de l'impasse par la résurrection

mercredi 22 février 2012

« Convertis-moi »



Ce mercredi marque le début des 40 jours les plus importants de mon calendrier personnel. J’aime l’idée de relever mesmanches pour avancer vers le salut. Le grand décrassage avant la résurrection du Christ.


Prière: check :)


Jeune: check :)


Charité: check :)



Je suis parée, sur les startingblocks, j’ai tout bon là non ?


Messe des cendres pour bien démarrer, et là, un messageaccompagne le signe sur mon front : « Convertis toi et crois en l’évangile »…

Saint Augustin nous dit « Celui qui nous a créés sans nousne nous sauvera pas sans nous ». La dimension de ma responsabilité dans monsalut mais aussi celui du monde pèse d’un coup sur mes épaules et je réponds :Je suis si faible, les tentations du monde sont si fortes. Comment m’engagerseule sur ce chemin ?

Ok, je vais faire de mon mieux mais sans toi, je peux si peu. Alors oui, je m’abandonne à toi. C’est dans ta parole que je vais trouver laconversion.
Certes, j’ai fourbi mes armes (prière, jeune et charité) mais sansta parole, je reste une pharisienne qui s’attache aux signes, aux rites et auxtraditions sans me laisser toucher à l’âme par ta parole, seule source deconversion.


Je t’écoute, convertis-moi !

lundi 13 février 2012

La Saint Valentin, je ne l'ai jamais fêté avant le 2005. Mais depuis je me rattrape



Déjà un an que la famille est installée au Liban. Un an pour découvrir ce pays si beau et si étrange. 
Dès le premier jour, l’impression d’être chez soi. 
La même mer, les mêmes paysages que de l’autre coté de la méditerranée et un peuple si accueillant. 
Pourtant rapidement je ressens que ce pays restera toujours insaisissable. Les cœurs qui s’épanchent ne révèlent pas tout. Au delà des récits que nous font nos amis de leur guerre, il reste un indicible. 
Combien de fois, je suis restée interdite devant ces histoires horribles. 
Racontées sur un ton d’humour pudique, elles sont soutenues par des regards aigus qui cherchent dans mes yeux une lueur de compréhension pour tout ce qui n’est pas dit. 
Ils me l’offrent leur Liban avec sa beauté, son art de vivre, son passé si riche, ses larmes, son sang et sa fierté bafouée. Moi je prends tout, avec l’humilité de celle qui reçoit un cadeau qui n’a pas de prix. 
Le temps est passé sur ce pays éventré par la folie. Mais les blessures pansées saignent encore, sous une chape de plomb qui étouffe les énergies et les espoirs. 
L’avenir est ailleurs et la diaspora jour après jour voir ses rangs grossis de la jeune sève libanaise. 


Je suis là à réfléchir, lorsque vers 13 heures un ami m’appelle pour avoir des nouvelles de mon mari. Il n’arrive pas à le joindre. Un autre ami me contacte dans la foulée pour la même raison. Agacée par ces gens qui me prennent pour la secrétaire de mon mari, je tente à mon tour de le contacter et je lui laisse un message sur son portable. Je m’apprête à retourner à mes chères études quand je reçois un appel de ma mère restée en France. Une bombe a explosée à HSBC. J’allume la télévision. L’horreur …devant moi. 
Le bâtiment de la banque dévasté. 
J’essaye de téléphoner à Philippe. Sur le fixe rien, sur le portable rien. Et là, l’angoisse qui monte jusqu’au cri. Oh mon dieu, pas ça ! Oh mon dieu, pas ça ! Je reste pliée en deux par une douleur indescriptible et je crie... Cela dure, je ne vois plus rien, le noir, le noir et la douleur. Soudain le téléphone sonne. Quelqu’un me parle, je ne comprends pas, je n’entends pas. Je veux qu’il raccroche, j’attends que Philippe appelle. « Libérez la ligne ! ». Pourtant quelques secondes plus tard, je comprends que l’on a vu Philippe en vie… Il est vivant…. Tout va bien. 
Pendant quinze minutes j’ai expérimenté la souffrance absolue de la perte. Ces quelques minutes m’ont paru des siècles ou plutôt une faille, un temps qui ne s’écoule plus, le trou noir... Enfin Philippe me joint, il n’est pas blessé, juste des égratignures et je le supplie de rentrer. Je veux le voir, le toucher, le sentir. Je veux mon mari que j’ai cru perdu, ma moitié dont j’ai cru être amputée. C’était ça la douleur, c’était comme une amputation. 
C’était animal. 
Puis les appels incessants des amis qui veulent des nouvelles. Et toujours la même réponse. Philippe va bien. Tout le monde va bien. Ça va. 
Les images de corps noir et fumants… Les pleurs et les cris à la télé, je les sens en moi, je les vis. C’étaient les miens quelques minutes plus tôt. A nouveau, la détresse des Libanais devant le Mal. On sait maintenant que la bombe était pour Hariri. Ils ne l’on pas raté. Un trou béant dans la chaussée comme un ventre arraché, martyrisé. 
Les travellings : la banque dévastée , dix mètres, vingt mètres, cinquante mètres, le trou fumant. 
Ils auraient pu tous mourir. Près de la banque, il y avait un immeuble abîmé par la guerre et qui faisait « tache » dans ce quartier reconstruit, luxueux et pimpant. Ce coup ci, il est irrécupérable mais il a sauvé bien des vies en ralentissant le souffle de la bombe. 
Philippe ne rentre pas, il rassure, il organise la fermeture des locaux, évalue les dégâts avec quelques collègues. 
Je suis fière de lui. Quel cran ! Mais je voudrai le voir. J’essaye d’être aussi courageuse que lui et je continue de mon coté à rassurer au téléphone avec un calme apparent. C’est fini, tout va bien. 
Les enfants rentrent de l’école, ils n’étaient pas au courant. Quel bonheur de pouvoir leur annoncer la bonne nouvelle. Une bombe horrible mais Papa va bien. Tout va bien. Mon aîné arrive à son tour, le visage grimaçant. Je l’attends devant la porte en souriant et son regard se rempli de larmes de soulagement. Il a eu si peur lui aussi. Sa pudeur lâche, les nerfs lâchent. « En remontant, je me disait, je ne serai peut être plus jamais heureux ». 
Sa rage et sa colère déferlent sur ceux qui lui ont fait si peur. « Vas y hurle, ça fait du bien. Mais ne crie pas contre les Syriens, ils ne sont pas tous responsables. Regarde devant chez nous ceux qui travaillent dans le chantier. Ils n’y sont pour rien eux. » 
C’est l’horreur, mais tout va bien. Ce n’est pas passé loin. Juste le souffle, juste à coté. On a eu de la chance. 


Philippe rentre enfin et la séance « gros câlins » avec les enfants dans l’entrée, a un goût étrange. Il n’est pas là. Il est encore là bas. 
Immédiatement, je le fourre dans la voiture, direction l’Hôtel Dieu. Je veux le guérir. Je veux effacer ça. Je ne l’ai pas protégé, je n’étais pas là. C’est fini, c’est fini. 
Les docteurs sont charmants, Philippe sourit et plaisante. Tout va bien. Son costume est déchiré, sa chemise pleine de sang mais pas de bobo. Il est passe à travers. 
Nous rentrons à la maison. Je suis dans du coton. Philippe appelle X Y puis Z. Rien de semble pouvoir l’arrêter sur sa lancée. Il faut qu’il parle à ceux qui étaient avec lui. Et moi je suis à coté, à l’écart. Je suis prête à l’aider à l’écouter mais je suis inutile. On s’endort l’un à coté de l’autre. Je ne l’ai pas retrouvé, il n’est pas encore rentré. Malgré tout, tout va bien. 
Le lendemain, c’est surréaliste. Philippe passe la matinée au téléphone pour prendre des nouvelles des uns et des autres et pour en donner aux uns et aux autres. Les enfants et moi, nous regardons la télé. Les premières bougies vacillent sur le lieu du drame et la colère enfle. Joumblatt accuse et le Liban pleure. 
La journée n’en finit pas, rythmée par les images du drame qui passent et repassent sans cesse. 
Le deuil national est annoncé et les enfants ne savent pas quoi faire de leur peau dans ces moments ou l’on reste hébété, ou l’on ose plus rien faire. Il semble que plus rien ne sera jamais pareil et pourtant l’avenir est encore loin et on reste embourbé dans un présent ineffable. 
Philippe est retourné à la banque pour voir s’ils pourront retravailler dès Vendredi, à la fin du deuil. Moi, je fais les courses et comme les enfants, j’essaye de m’occuper. Lorsque Philippe revient, je l’écoute. Encore des coups de fil, ce n’est pas fini. Il n’est toujours pas rentré. Les enfants n‘en peuvent plus. Je les autorise à aller au centre de jeux informatiques car Philippe et moi sqwatons la TV et je veux qu’il soit au calme. 


Une heure plus tard je les entends rentrer. Puis un cri… deux cris. Immédiatement un signal d’alarme embrase mon esprit et je bondis. Ma petite dernière est dans les bras de sa sœur, le visage couvert de sang. Elle est tombée en courant. 
Le temps accélère sa course brusquement. A nouveau, l’urgence. 
Du calme, ne pas affoler les enfants. « Ce n’est rien, laisse moi voir ». Horreur, je vois son crâne dans la plaie du front. Pas de panique, il faut retourner aux urgences. Mon bébé sur les genoux. « Parle à maman ». Allons, ce n’est rien, juste un bobo, rien de grave. 
Puis les points de suture. « Mon bébé, maman est là. » 
Décidément c’est la semaine des émotions fortes et autour de nous les Libanais pleurent. Et la bonne pleure aussi maintenant. Elle a reçu de mauvaises nouvelles des Philippines. Je calme, je rassure. Tout va bien. Cette fois, je vis la crise différemment car j’agis. Je peux faire quelque chose, je ne suis pas la spectatrice impuissante d’un drame. Cet accident m’a sauvé du marasme, j’ai retrouvé ma place dans le temps, je vis à nouveau. 
Je retrouve ces quelques phrases qui m’ont toujours aidé à avancer : 
« Soit forte, tu n’es pas la plus à plaindre. Y a pas mort d’homme donc tout va bien. » 
En fait Harriri est mort et le Liban l’enterre. Musulmans, druzes, chrétiens, ils sont tous là mais ce n’est pas mon histoire. Je me replie sur ma famille, nous allons dépasser ces mauvais moments ensemble. Je regarde le peuple libanais, leur émotion, leur union dans la peine et la colère et même si je suis émue, je veux passer à autre chose. Je veux effacer ces jours d’angoisse. Il n’est pas possible de revenir en arrière mais il faut avancer. 
Je ne veux plus parler à Maman. Lui dire quoi ? Philippe est « Yanni », Héloïse est défigurée, le Liban crise. Impossible. Alors, l’écouter me dire de faire attention. Que croit-elle. Je pare à droite, à gauche. Et quand j’essaye de lui communiquer mon espoir dans l’avenir du Liban où l’histoire va peut être basculer. Elle ne voit que les risques. Je ne suis pas sur la même longueur d’onde. D’ailleurs je suis seule sur ma longueur d’ondes, décidée à continuer malgré tout. 


Seulement quatre jours depuis l’attentat mais il me semble que cela dure depuis des semaines. Philippe part au travail pour vérifier l’avancement des travaux à la banque. Demain ils pourront travailler, mais la déco est minimale. Je descends chez le fleuriste et j’achète des azalées blanches dans des pots rouges pour donner un peu de chaleur à ces bureaux démolis. 
Les nouvelles des employés sont bonnes mais ils sont sonnés. Je voudrai tellement leur redonner l’espoir et l’énergie. 
Depuis l’attentat, le temps est épais, il passe de façon étrange. Par moment dans l’urgence, il s’accélère et s’emballe et dans les périodes d’accalmie, il n’en finit plus de s’écouler comme en attente de la prochaine crise. 
Les bougies s’accumulent devant la banque et au pied de la tombe de Hariri. 
Je suis fière des enfants qui ont su adopter une attitude digne et discrète face à leurs camarades qui sont eux aussi choqués par l’attentat. Pour nous, tout fini bien puisque Papa est sauf mais pour eux c’est le cauchemar qui recommence et le spectre de la guerre qui resurgit. 
Le temps est-il un éternel recommencement ? 




Déjà une semaine … ? 
Une manifestation géante part de la banque pour rejoindre la tombe d’Harriri. 
Je suis devant la télé, emportée par les images. Les croix et les corans ensembles qui réclament le départ des syriens. Pourvu que cela se passe bien. C’est génial. La situation familiale est stabilisée et je me sens enfin disponible pour les autres. Eux aussi, ils sont décidés à avancer malgré tout et à transformer l’horreur en espoir. 
Je pars avec Héloïse faire les courses au supermarché en me disant que je vais préparer cette semaine de bons petits plats pour requinquer tout le monde. En sortant du magasin je me trouve coincée dans le flot des voitures qui viennent du nord pour aller à la manifestation. Quelle ambiance. Des drapeaux partout, les klaxons. Je leur fais des signes d’encouragements et leur dit de faire attention à eux. On vit vraiment une période incroyable. 
Tous les soirs, les libanais se rendent sur la tombe de Hariri pour réclamer le départ des syriens. Ce soir nous irons Philippe et moi. Ca y est, je le retrouve maintenant, l’osmose est rétablie. Enfin ! Je fais peut être l’enfant gâtée mais cette ambiance de cohabitation commençait à me faire flipper sérieusement. Lui aussi a dépassé la crise même si jamais je ne saurai ce qu’il a vécu et ressenti. 
Le Liban se couvre d’écharpes blanches et rouges et je repense à mes bouquets d’azalées. Le choix des couleurs était prémonitoire. Maintenant nous nous sentons Libanais. Leur histoire est devenue la notre et nous nous laissons emportés dans la vague d’espoir qui emporte ce peuple malgré la peur et les réminiscences d’un passé encore si vivant. 
Les libanais ne lâchent pas. Ils continuent à manifester. Demain, ils feront une chaîne humaine. On attend tous lundi avec impatience. Le parlement doit voter la confiance au gouvernement. 
Lundi, la journée s’écoule lentement. Tous les magasins sont fermés et les enfants consignés à la maison occupent ces longues heures d’attente en faisant des révisions. Philippe est scotché à la TV libanaise et moi je jardine pour m’occuper. 
Vers 6 heures, la nouvelle tombe, Karamé a donné sa démission. Mabrouk les Libanais. C’est une première victoire. Nous sommes ravis et une fois les enfants couchés, on fête ça avec des cèpes et des gésiers confits. 
Les images de liesse sont enthousiasmantes et on ne lasse pas de voir et revoir la foule qui couvre la place des Martyrs rebaptisée « place de la Liberté ». 




Mais soudain, le temps dérape. Devant la maison, des cris remplissent la nuit. 
Mon sang ne fait qu’un tour, je cours dehors et vois des hommes qui en matraque un autre. Pas le temps de réfléchir, je me précipite en hurlant : « Khalas ! » et je m’interpose. Philippe me suit et les hommes détalent vers leurs voitures. 
C’est le gardien syrien du chantier en face. Il est blessé et terrorisé. Haram ! 
Le temps de prévenir des amis qui arrivent immédiatement pour garder les enfants et nous partons à l’Hôtel Dieu. Il faut que je pense à leur demander une carte de fidélité. 
Quelle soirée. 
Quand va donc s’arrêter cette succession de crises. A nouveau le temps se dilate. En quelques minutes, il peut se passer tant de choses. 
Le gamin est bien contusionné mais il n’a pas de blessure grave. Pour nous, la fête est un peu gâchée et notre symbiose avec les Libanais est un peu moins forte. Mais bon, il y a des fous partout. Allez « Mabrouk » quand même les Libanais. 
Dés le lendemain, les Syriens ont repris le travail devant la maison. Incroyable. Je pensais qu’ils rentreraient en Syrie après la ratonnade de hier soir mais il faut bien gagner sa vie. C’est vraiment moche. J’espère que les excités de hier ne vont pas recommencer. 
Comme le dit mon jeune fils: « Il se passe toujours quelque chose au Liban.» 


Déjà 6 mois se sont écoulés depuis les événements et les vacances nous ont ramenés de l’autre coté de la méditerranée. Il est 5 heures, et le calme règne autour de moi dans la fraîcheur du matin catalan.
Sur le mur devant moi un gecko avance vers la lampe à la recherche d’insectes nocturnes hypnotisés par la lumière. Ici on pense qu’un gecko dans la maison est un signe de bonheur. Pourtant les mouettes hurlent dans le silence. Un sentiment d’urgence m’a réveillé, le malaise monte au son de leurs pleurs. Sur qui ou sur quoi pleurent-elles. Pour qui ce déferlement de larmes. Elles se lamentent peut être sur ces humains qui traversent l’horreur, s’habituent à la haine et aux meurtres, survivent à l’incompréhension et à l’injustice. 
Apres ces jours de folie, la vie a continuée, ponctuée par les attentats réguliers, les jeux politiciens. Les syriens ont quittés le Liban, et les élections qui ont laissées un sentiment étrange d’inachevé dans les cœurs de ceux qui attendaient tant de ce départ. Tout n’est pas réglé. Les problèmes politiques et économiques sont encore là. 
Trouveront-ils la force de continuer à espérer des temps meilleurs. 
Et soudain le clocher du village sonne six coups et ramène la paix dans l’aube naissante. 
Les mouettes cessent leurs lamentations et les passereaux remplissent l’air de leurs chants assourdissants. Ils célèbrent un jour nouveau. Leur gaîté indécente remplace les pleurs de l’aube. 
Apres tout, ils ont raison. La vie continue et elle est belle, malgré tout. 
De ces périodes troublées, il ne reste que ces impressions face au temps qui passe. Le temps qui se dilate dans les moments de crise et qui épaissit dans l’attente. Le temps qui passe et qui nous ramène insidieusement en arrière lorsque les événements se répètent. Mais pourtant le temps qui passe et passera encore sur les hommes. 


Beyrouth, le 6 novembre 2005 

jeudi 9 février 2012

La correction fraternelle


Dans son message de carême 2012, Benoit XVI consacre un chapitre à  la correction fraternelle.
« La correction fraternelle en vue du salut éternel. En général, aujourd’hui, on est très sensible au thème des soins et de la charité à prodiguer pour le bien physique et matériel des autres, mais on ne parle pour ainsi dire pas de notre responsabilité spirituelle envers les frères ». Dans mon dernier billet, je vous parlais de donner et recevoir  et donc de la charité, mais la lecture du message papal m’ouvre une autre dimension de la charité.
J’avoue ne pas mettre penché sur ce sujet avant de lire Benoit XVI. La correction fraternelle, c’était pour moi réservé au chapitre des monastères et  l’association de la charité à la correction ne me semblait pas évidente du tout.

Je pense ne pas être la seule à associer correction aux devoirs de math ratés qui subissaient les corrections rageuses de mon prof. Ou encore,  la trempe salutaire administrée suite à mes bêtises de gosse. Mais dans le texte de Benoit XVI, correction ne signifie pas châtiment, punition. Corriger, c’est améliorer. C’est observer comme à la voile les erreurs provenant de la dérive pour redresser le cap.

Cap sur le Salut
Corriger fraternellement, c’est expliquer de façon bienveillante et sans jugement péremptoire. Corriger fraternellement, c’est appeler par charité à la conversion.

Et moi dans tout ca …
J’entends ce message en me disant, qu’il va me falloir me corriger avant de pouvoir prétendre corriger les autres.  

Saint Paul disait : « Dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien, toi aussi être tenté » En effet, il m’arrive bien souvent de porter un jugement sur les actes de mes prochains et pas très fraternellement, pas en offrant une opportunité de changement mais en fermant ma porte et en me retranchant derrière mes certitudes.

Dans nos dialogues, savons-nous donner une correction fraternelle. Savons-nous indiquer une dérive avec bienveillance sans jeter d’anathème? Avons nous l'humilité de corriger sans vouloir prendre un pouvoir sur l'autre?  Savons-nous simplement proposer un autre chemin que celui de la condamnation, un chemin de conversion?

Et enfin savons-nous la recevoir car« Nous avons toujours besoin d’un regard qui aime et corrige, qui connaît et reconnaît, qui discerne et pardonne »?


PS: Charité bien ordonnée commence par soit même. Alors n'hésitez pas à me corriger fraternellement si je dérape et soyez  sûrs que je vais m'efforcer d'en faire autant pour vous :)
(réciprocité: cf un autre chapitre de la lettre)

Donner et recevoir.



Février, c’est le mois des reçus fiscaux de dons qui nous permettront de diminuer nos impôts. En les rangeant, plusieurs questions me viennent.

Donner
Ces dons que représentent-ils pour moi ?
Un quitus moral (j’ai fait ma part)  assorti du soupçon d’orgueil  (avoir le pouvoir de donner) et d’un brin de dédain (que feraient-ils sans moi ?).  Bien sûr, la réflexion me permet de dépasser cette étape. Car la charité [ ] ne plastronne pas, elle ne s’enfle pas d’orgueil, [ ] elle ne cherche pas son intérêt [ ]mais elle trouve sa joie dans la vérité (Co 13, 1-7. 13).
Je sais bien que ces dons qui m’exonèrent d’une part de mes impôts, ne m’exonèrent pas de l’amour source de la charité.
C’est en revenant à la source, que le don prend son sens en vérité.
- La charité du Seigneur est sans bornes. Lorsque je donne, je ne suis que l’instrument de cette charité universelle. Je n’en fais donc jamais assez  et je n’ai pas à en tirer orgueil.
- Mon droit de propriété n’a de sens que s’il est assorti de la prise de conscience de la destination universelle des biens.  En donnant, j’exerce ma responsabilité sur ce point. 
La charité n’est-elle que dons matériels ?
La charité est bien plus, «Instruire, conseiller, consoler, conforter sont des œuvres de miséricorde spirituelle, comme pardonner et supporter avec patience» (CEC, 2447). La charité dépasse largement le don matériel aux plus pauvres, Près de l’autre, il me faut l’aider  à se relever lui-même, l’accompagner sans l’écraser, le soutenir sans le porter. La charité, c’est vouloir le bien de l’autre et le bien dépasse largement l’aspect purement matériel. La charité s’exerce auprès des pauvres, et ne sommes-nous pas tous pauvres ?

Recevoir
Suis-je prête à recevoir la charité ?
Il est plus facile de faire la charité que de l'accepter.
 Il est finalement assez confortable de faire la charité même dans ses aspects les plus exigeants c’est-à-dire en dépassant l’aspect distributif.
Mais est-on prêt à la recevoir ? Recevoir la miséricorde divine, la charité divine est en fait assez simple intellectuellement. Mais accepter que celle-ci passe par les gestes charitables de mes prochains à mon égard, c’est une autre paire de manches. Cette question, je me la suis posé pour les pauvres. Recevoir la charité peut être ressenti comme une humiliation pour eux. Mais finalement, n’ai-je pas moi aussi ce reflexe.
Lorsque je suis malade, recevoir une aide gratuite de mes voisins ou même de ma famille ne m’est pas facile. Bien souvent, je préfère une aide payée qui me dédouane du sentiment de dette. Je pense aussi à ces parents vieillissants qui ne veulent pas être à la charge de leur famille. Quel est le sens de leur démarche.  Pourquoi préfèrent –ils des aides payantes et subventionnées que l’aide de leur famille ?. Peut-être ont-ils peur de recevoir une fin de non-recevoir s’ils demandent à leurs enfants. Certains enfants n’ont certes pas les capacités en finance et en temps pour aider leurs parents mais d’autres le peuvent.  Peut-être, trouvent ils humiliant de recevoir de l’aide de ceux qu’ils ont, eux même aidé pendant tant d’années.
Peut-être simplement, a-t-on perdu la notion du don gratuit qui n’entraine aucune dette parce qu’il est amour.
Gratuitement
Dans nos sociétés occidentales, tout acte à sa contrepartie financière immédiate, y compris la charité (cf. les dons défiscalisés)  Tout  chose reçue sans contrepartie est une dette. Et pourtant …
Je me rappelle avoir croisé un paysan sur la route de Saint Jacques. Je m’étais perdu. Il avait  arrêté son tracteur, traversé son champ pour m’indiquer la bonne route. Quand j’avais voulu le remercier, il m’avait  répondu : «  Ça sert à quoi d’être sur terre si on n’aide pas les autres ». J’avais repris ma marche en méditant ses paroles. Et par la suite, j’ai bien souvent répété moi aussi cette parole établissant ainsi une chaine de charité gratuite et universelle.
Oui j’accepte la charité des autres car demain je pourrais la donner à mon tour. Oui je fais la charité car demain, je pourrais la recevoir à mon tour. 

Nous avons tous besoin de charité, riches ou pauvres parce que nous  avons tous besoin d’amour.   Cet Amour qui s’incarne dans l’autre pour qu’il me donne et  en moi  pour que je donne gratuitement des gestes d’amour. 

vendredi 3 février 2012

Réminiscences de droit constit et subsidiarité


Une fois n'est pas coutume, je vais vous ressortir mes cours de droit constit qui sont bien loin hélas, matinés de mes connaissance sur le bien commun qui  elles sont plutôt récentes.
Un président qui préside, en définissant  un projet de société.
Un gouvernement qui gouverne, qui est responsable de la mise en œuvre de ce projet.
Une assemblée qui accorde sa confiance au gouvernement et qui légifère pour permettre cette mise en œuvre en s’assurant du respect du projet.
Des corps intermédiaires qui participent aux réflexions. Et  agissent dans la coopération à leur niveau.
Des citoyens qui sont plus que des électeurs et qui agissent eux aussi dans leur quotidien pour la  réalisation du projet en tant qu’ils sont travailleurs, cadres, dirigeants, mais aussi consommateurs et chefs de famille.
Et pour finir, une justice qui assure le respect des lois par tous.

Voilà comment est réglée la vie de la « cité » en France et pourtant, dans les faits, il se passe tout  autre chose. Je vais dans ce billet n'aborder que le rôle du Président mais tout se tient en fait.
Le président ne préside plus, il gouverne, il agit et ce faisant, il perd son rôle de président de tous les français et d’arbitre garant du projet et du bien commun. Certes la réduction du mandat présidentiel est en partie la cause de cette dérive, tout comme la personnalité du président actuel. Mais lorsque l’on voit la campagne électorale, cela ne s’arrangera pas avec son départ éventuel.

Si les candidats se laissent entrainer dans des présentations détaillées, chiffrées qui sont plus des feuilles de route et donc des  programmes de gouvernement que des projets de société, le futur président ne sera pas plus un président que le précédent.
 Je ferai, j’ai fait etc.  François Hollande et Nicolas Sarkozy nous abreuvent de leurs actions passées et futures. C’est oublier que nous sommes en république et pas dans un régime autocratique. Le président ne fait pas, ou il n’est pas président mais roi élu.
Ne pas faire à la place des autres ou en jargon catho: subsidiarité. Si cette dérive se confirme, le successeur de Fillon ne gouvernera pas non plus, il administrera dans l’ombre et ne sera au final responsable de rien alors que c’est à lui que sera accordée la confiance de l’assemblée, flouée elle aussi au passage.

Non seulement, ils ne sont pas dans leur rôle, mais en plus,  ce type de discours technocratique ne permet pas l’adhésion des français qui se retrouvent ballottés  entre des programmes illisibles et techniques dont ils ne peuvent réellement évaluer la pertinence et la justesse. Pour compliquer encore la compréhension, des experts de tous bords confirment ou infirment chaque proposition et les medias se repaissent de ces détails techniques qui vont permettre d’exacerber les divisions.
Un candidat à la présidence doit présenter un projet, une direction susceptibles d’être compris par tous et donc de susciter l’adhésion du plus grand nombre. 


Un peu de hauteur que diable, pour votre bien, le notre et le bien commun j'espère.








PS, je sors d'un topo catho sur la doctrine sociale de l'église et  sur le chemin du retour, l'oubli de la subsidiarité m'a paru tout d'un coup être le défaut de notre vie politique actuelle. Une autre phrase a résonné: Il est plus facile de faire la charité que de l'accepter.Ce sera le sujet de mon prochain billet.

jeudi 2 février 2012

Une charte des blogueurs catho ?



Et voilà, comme souvent en France, lorsqu’il y a débat cela finit par une loi.
Pavé dans la minuscule mare des blogs catho, depuis quelques jours, les prises de position sur l’anonymat des blogueurs envahissent les twitt et blogs. Les uns appelant à faire tomber les masques, les autres donnant leur raisons pour maintenir leur anonymat. Le débat dérivant  peu à peu sur la posture du bloggeur catho,  c’est une proposition de charte qui a pointé le bout de son nez.

Nous sommes tous assez grands et responsables pour trouver le juste langage. Je me suis d’ailleurs déjà exprimé à ce sujet ici

Cette charte serait dans le meilleur des cas, une déclaration bisounours sur les règles de bonne conduite et dans le pire, une autorisation d’imprimatur (et par qui je vous le demande).

Jeune bloggeuse, j’entends par là débutante bien sûr, je pèse chaque mot que j’écris et j’écris après mure réflexion.


 Les bloggeurs que je lis sont comme moi conscients que si leur parole n’est pas d’église, ils ont la responsabilité de « blogger » en chrétien à partir du moment où ils affichent leur foi.

Que nous ne soyons pas des saints, c’est une évidence. Mais vouloir règlementer  nos billets est une énormité.


Personnellement, il y a des blogs qui m’indisposent et qui ne correspondent pas à ma façon de voir ou de penser, il y a aussi des commentateurs donneurs de leçon de catholicité  qui m’hérissent (Et une Barbe hérissée, c’est terrible)  Mais je considère que chacun est libre de s’exprimer. Si leur prose ne me convient pas, je suis libre de mon côté, d’y répondre ou de l’ignorer.

Point de charte pour moi merci. Pour une fois me voilà apôtre du libéralisme. Je crois dans ce débat, à l’autorégulation des billets. Arghh !!!  Je l’ai dit :)