mercredi 24 octobre 2012

On est jamais assez méfiant



54 % des personnes interrogées par le Credoc pensent « qu'on n'est jamais assez méfiant » dans ses relations avec les autres.
Il suffit de regarder autour de soi pour s’en convaincre.  Peur du rom, du beur, du facho, du gaucho, du monde, de l’autre.
Les causes habituellement énoncées sont la crise, la mondialisation, la montée des extrémismes, l’individualisme.


DAVID TIPLING / THE IMAGE BANK / GETTY IMAGES

Mais au-delà du constat, on fait quoi ?





On se laisse emporter par la vague ou on réagi ?



Mon analyse est la suivante :

Nous sommes méfiants parce que nous passons notre temps à nous agresser verbalement et même parfois physiquement et cela publiquement.


Auparavant, lorsque nous n’étions pas d’accord avec quelqu’un et même si ce désaccord allait très loin, il n’impactait que les protagonistes et le cercle de leurs proches.
Mais aujourd’hui, tout le monde en profite via les réseaux et les médias.  
Et la surenchère est de mise pour avoir peut être la chance d’être  RT (retweeté) ou encore mieux repris dans un média ou plus simplement pour clouer le bec à l’autre à n’importe quel prix.
Chacun se transforme en troll très rapidement. Il n’y a pas débat mais escalade d’invectives jusque et même au-delà du fameux point Godwin*.
Les plus jeunes sont souvent très virulents et lorsque l’on voit les échanges de leurs pères (et de leurs mères), on comprend pourquoi.

Alors que faire ? 

Prôner la modération dans les propos. J’en ai personnellement plus qu’assez des discours tranchés et péremptoires sur tous les sujets même s’il m’arrive de tomber dans ce travers aussi. Chacun étant sur de détenir la vérité vraie ou comme on dit chez les cathos « la vraie croix ». Ne pas permettre et ne pas se permettre des dérives de langage. Et cela ne veut pas dire ne plus débattre bien sur.

Prôner la réflexion. C’est-à-dire se documenter sur un sujet et  pas dans les médias uniquement avant de se positionner. Et même après cela, être ouvert aux arguments des autres et capable éventuellement  lors d’un débat de reconnaître que l’accord n’est pas possible sans « excommunier » l’autre.

Partir du principe que si quelqu’un n’est pas d’accord avec moi, ce n’est ni un con, ni un ultrajenesaisquoi  ou un moudugenou.

Nous sommes aussi méfiants parce que nous ne comprenons rien aux bouleversements du monde actuel et que personne ne semble capable de nous les expliquer et de nous indiquer la voie pour en sortir.

Alors, nous nous réfugions dans des idées simplistes mais compréhensibles, recroquevillés, méfiants et parfois même prêts à en découdre.

Pire encore, on nous demande même de donner notre avis !
Je voyais il y a quelques jours un sondage qui portait sur la question du lien entre emprisonnement et récidive. Je me disais alors que j’étais bien chanceuse de ne pas avoir été interrogée car j’avoue ne pas connaitre la réponse.  Et pourtant, je pense que dans la joie orgueilleuse et stupide d’être dans le panel représentatif, j’aurai répondu. J’aurai donné la réponse qui m’aurait semblé être la bonne sans aucune expertise sur le sujet et je me serai même convaincu que je détenais la vérité sur le sujet.
Dans la foulée, les résultats de ces sondages sont utilisés pour soutenir des points de vue qui deviennent ainsi « paroles d’évangile » et arguments imparables dans toute discussion.

Bref, perdus dans la tourmente, sommés de donner notre avis, insultés quand nous le donnons, nous sommes méfiants.

La seule solution, en être conscient et se battre contre nous même parce l’accueil et la rencontre sont  nécessaires à l’homme pour son épanouissement (traduction libre en langage laïc de  « chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ».)

Et surtout donner cet exemple à nos enfants qui nous regardent et apprennent de nous.

* Un exemple:  le Tweet de Philippe Loheac  Délégué général de l'admd " En 36 il y avait aussi du monde pour défiler contre les Juifs de France. #Unpapaunemaman ou la haine dans la rue"

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