Je profite de mon blog pour vous faire lire et peut être découvrir
le témoignage de Monseigneur Pierre Claverie, évêque d’Oran de 1981 au 1 er aout 1996
date à laquelle il a été assassiné avec son chauffeur, ami et frère.
Dans cette première
partie, lisons les mots de cet homme plongé dans la tourmente des années de
terrorisme et laissons raisonner ses
mots qui gardent aujourd’hui toute leur force et leur pertinence y compris de
notre côté de la méditerranée.
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| Eyedea Presse |
" J’ai passé mon enfance dans la bulle coloniale. Non qu’il
n’y ait eu de relations entre les deux
mondes loin de là mais dans mon milieu social, j’ai vécu dans une bulle
ignorant l’autre, ne rencontrant l’autre que comme faisant partie du paysage ou
du décor que nous avions planté.
Peut-être parce que j’ignorais l’autre, ou que je niais son existence,
un jour, il m’a sauté à la figure, il a fait explosé mon univers clos qui s’est
décomposé dans la violence mais est ce qu’il pouvait en être autrement et iI a affirmé
son existence.
L’émergence de l’autre, la reconnaissance de l’autre l’ajustement
à l’autre, sont devenus pour moi mes hantises. C’est vraisemblablement ce qui
est à l’origine de ma vocation religieuse.
Je me suis demandé pourquoi étant
chrétien, pas plus que les autres, fréquentant les églises comme d’autres,
entendant des discours sur l’amour du prochain, durant toute mon enfance,
jamais je n’avais entendu dire que l’arabe était mon prochain. Peut-être l’avait
on dit mais je ne l’avais pas entendu.
Je me suis dit désormais plus de murs,
plus de frontières, plus de fractures, il faut que l’autre existe sans quoi
nous nous exposons à la violence, à l’exclusion, au rejet.
J’ai donc demandé
après l’indépendance, à revenir en Algérie pour redécouvrir ce monde ou j’étais
né mais que j’avais ignoré.
C’est là qu’a commencé ma véritable aventure personnelle,
une renaissance, vivre avec l’autre, découvrir l’autre, entendre l’autre, se
laisser aussi façonner par l’autre.
Cela ne veut pas dire perdre son identité,
rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive.
Dès que nous prétendons, dans l’église catholique nous avons
la triste expérience, posséder la vérité, ou parler au nom de l’humanité, nous
tombons dans le totalitarisme et dans l’exclusion. Nul ne possède la vérité,
chacun la recherche. Il y a certainement des vérités objectives mais qui nous
dépassent tous et auxquelles on ne peut accéder
que par un long cheminement, et peu à peu en recomposant cette vérité là en
glanant dans d’autres cultures, dans d’autres types d’humanité ce que les
autres aussi ont acquis, ont cherché dans leur propre cheminement vers la vérité.
Je suis croyant, je crois qu’il y a un Dieu mais je n’ai pas
la prétention de posséder ce Dieu là, ni par Jésus qui me le révèle, ni par les
dogmes de ma foi. On ne possède pas Dieu, on ne possède pas la vérité et j’ai
besoin de la vérité des autres.
On parle de tolérance, je trouve que c’est un minimum mais
je n’aime pas trop ce mot car cela suppose qu’il y a un vainqueur et un vaincu,
un dominant et un dominé et que celui qui détient le pouvoir tolère que les
autres existent. Je préfère parler de respect de l’autre."


Il faut voir la pièce "Pierre et Mohamed" qui sera au festival d'Avignon cet été.. !
RépondreSupprimerMa crainte? Que son message ne soit pas assez relayé. Et pourtant il est universel.
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