lundi 11 juin 2012

Pierre, et le respect de l’autre


Je profite de mon blog pour vous faire lire et peut être découvrir le témoignage de Monseigneur Pierre Claverie, évêque d’Oran de 1981 au 1 er aout 1996 date à laquelle il a été assassiné avec son chauffeur, ami et frère.

 Dans cette première partie, lisons les mots de cet homme plongé dans la tourmente des années de terrorisme et  laissons raisonner ses mots qui gardent aujourd’hui toute leur force et leur pertinence y compris de notre côté de la méditerranée.

Eyedea Presse
" J’ai passé mon enfance dans la bulle coloniale. Non qu’il n’y ait eu  de relations entre les deux mondes loin de là mais dans mon milieu social, j’ai vécu dans une bulle ignorant l’autre, ne rencontrant l’autre que comme faisant partie du paysage ou du décor que nous avions planté.

Peut-être parce que j’ignorais l’autre, ou que je niais son existence, un jour, il m’a sauté à la figure, il a fait explosé mon univers clos qui s’est décomposé dans la violence mais est ce qu’il pouvait en être autrement et iI a affirmé son existence.
L’émergence de l’autre, la reconnaissance de l’autre l’ajustement à l’autre, sont devenus pour moi mes hantises. C’est vraisemblablement ce qui est à l’origine de ma vocation religieuse. 

Je me suis demandé pourquoi étant chrétien, pas plus que les autres, fréquentant les églises comme d’autres, entendant des discours sur l’amour du prochain, durant toute mon enfance, jamais je n’avais entendu dire que l’arabe était mon prochain. Peut-être l’avait on dit mais je ne l’avais pas entendu. 
Je me suis dit désormais plus de murs, plus de frontières, plus de fractures, il faut que l’autre existe sans quoi nous nous exposons à la violence, à l’exclusion, au rejet. 
J’ai donc demandé après l’indépendance, à revenir en Algérie pour redécouvrir ce monde ou j’étais né mais que j’avais ignoré. 
C’est là qu’a commencé ma véritable aventure personnelle, une renaissance, vivre avec l’autre, découvrir l’autre, entendre l’autre, se laisser aussi façonner par l’autre. 
Cela ne veut pas dire perdre son identité, rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive.

Dès que nous prétendons, dans l’église catholique nous avons la triste expérience, posséder la vérité, ou parler au nom de l’humanité, nous tombons dans le totalitarisme et dans l’exclusion. Nul ne possède la vérité, chacun la recherche. Il y a certainement des vérités objectives mais qui nous dépassent tous et  auxquelles on ne peut accéder que par un long cheminement, et peu à peu en recomposant cette vérité là en glanant dans d’autres cultures, dans d’autres types d’humanité ce que les autres aussi ont acquis, ont cherché dans leur propre cheminement vers la vérité.

Je suis croyant, je crois qu’il y a un Dieu mais je n’ai pas la prétention de posséder ce Dieu là, ni par Jésus qui me le révèle, ni par les dogmes de ma foi. On ne possède pas Dieu, on ne possède pas la vérité et j’ai besoin de la vérité des autres.

On parle de tolérance, je trouve que c’est un minimum mais je n’aime pas trop ce mot car cela suppose qu’il y a un vainqueur et un vaincu, un dominant et un dominé et que celui qui détient le pouvoir tolère que les autres existent. Je préfère parler de respect de l’autre."

2 commentaires:

  1. Il faut voir la pièce "Pierre et Mohamed" qui sera au festival d'Avignon cet été.. !

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  2. Ma crainte? Que son message ne soit pas assez relayé. Et pourtant il est universel.

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